Démarrer un potager

Publié le : 19/05/2018 22:46:14
Catégories : Conseils au jardin , Jardinage

Par Moilamain, designer & formateur en permaculture, gérant de la Librairie

5 techniques pour démarrer un potager

Après avoir correctement choisi l’endroit où l’on souhaite établir son potager, nous pouvons appliquer plusieurs méthodes pour démarrer le potager, en fonction du calendrier, des outils, des ressources à disposition (matière organique, carton, bâche...) et de notre condition physique.

1. Technique « carton-paillage »

Pour ceux qui ont le temps. Pour ceux qui ne veulent pas se fatiguer.

Cette méthode simple consiste à étouffer la végétation en place avec du carton, puis à mettre un paillage suffisamment épais sur le carton (20 cm c'est bien). Un paillage n'est pas forcément de la paille, ça peut être du foin, des feuilles mortes, du brf... Petit à petit, carton et paille vont écraser et faire mourir l’herbe dessous, par occultation (privation de lumière). L’herbe et ses racines mourantes se feront manger par la faune du sol.

La technique carton-paillage peut se mettre en œuvre n’importe quand, mais en fonction de la température, de l’humidité, de l’aération et de l’activité biologique du sol, l’effet sera plus ou moins rapide (long en hiver, rapide pendant la saison de pousse). Il n’est pas indispensable de mettre du compost ou du fumier, le sol d’une ancienne prairie est fertile.

Si la technique est mise en œuvre au printemps, des pommes de terre peuvent être cultivées : écarter le paillage, faire un trou dans le carton, déposer la patate sur le sol au travers du carton, remettre le paillage.

2. Technique « bâche »

Très efficace sur plusieurs plans : la pose d’une bâche noire sur le sol va priver la végétation de lumière et tuer les plantes ; le sol va se réchauffer ; les mulots et autres bêtes du même genre apprécie l’endroit et contribueront à aérer la terre avec leur galerie de surface ; cela prend un ou deux mois si le sol n’est pas froid.

Comme inconvénients, nous avons :

  • le prix de la matière première (mais c’est ré-utilisable à souhait)
  • l’imperméabilisation du sol (sauf avec une bâche tissée).

Il faut veiller à poser la bâche quand le sol est humide.

3. Technique « retirer-la-moquette »

Pour ceux qui veulent semer ou planter immédiatement.

La méthode consiste à décaper la couche herbeuse et racinaire dense qui forme la première épaisseur du sol, c’est ce que j’appelle “retirer la moquette”. Ensuite on décompacte le sol avec une grelinette ou une fourche-bêche. Puis on sème ou on plante, en respectant (ou non) les consignes de semis inscrites sur les sachets de graines ou indiquées dans les manuels de jardinage.

La moquette qui a été retirée, ne doit pas être laissée sur place sous peine de se ré-enraciner là où l’on a semé. J'ai pour habitude de l'empiler sous forme de butte, les mottes la tête en bas, puis d'étaler dessus un seau de déchet de cuisine contenant des graines de courges et des épluchures de pommes de terre, puis de recouvrir le tout d'un bon paillage. Et je laisse germer l'ensemble qui poussera très bien.

Technique « permaculbutte »

Il s’agit de construire des buttes de culture, ce qui va supprimer ou occulter la végétation en place. À chacun de choisir la forme, la largeur et la hauteur de ses buttes, ou même la technique de butte (avec bois enterré, en lasagne, ou surélevé par des planches…). Le critère le plus important à mes yeux pour le choix de la forme, c’est l’ergonomie. Tout comme il existe des hauteurs d’évier insuffisante qui font mal au dos quand on fait la vaisselle, il existe des hauteurs de butte qui font mal dans tout le corps si leur ergonomie n’est pas adaptée à notre morphologie. Je recommande vivement de tester différents formats de petites buttes témoin (ou plate-bande), en procédant à des séances de 10 minutes de semis et de plantation, à différents endroits (au bord, au milieu). Ainsi chacun verra quel forme lui apportera le plus de confort.

Les buttes de culture présentent quelques avantages :

  • rehausser la terre pour la mettre hors d’eau en zone hydromorphe. Cela accélère le drainage.
  • délimiter visuellement les zones cultivées des chemins
  • accélérer le réchauffement printanier,les buttes pouvant comporter des facettes plus ou moins orientées vers le soleil
  • créer un microclimat en créant une face ensoleillée et une face à l’ombre.

Tout cela s’accompagne d’inconvénients :

  • la terre s’assèche plus vite car la prise au vent est plus grande
  • les remontées capillaires sont moindres (certains enterrent du bois en décomposition pour donner un effet éponge)
  • les buttes sont soumises à la gravité et à l’érosion, elles tendent à disparaître.

En zone chaude et sèche, il est déconseillé de faire des buttes, c’est la culture en cuvette qui s’impose.

Technique motoculteur

Dans certains cas, avec un certain sol et une certaine végétation, l’utilisation du motoculteur pour démarrer une nouvelle zone de potager peut être un choix rentable. Mais attention : ça coupe les vers de terre, ça tronçonne les racines, ce qui occasionne une action de multiplication végétale et ça peut donc générer une explosion d’adventices. Si vous ne comprenez pas les tenants et aboutissants de tout ça, réfléchissez à deux fois avant de passer par le motoculteur. Si vous l’utiliser, il peut être bon d’appliquer ces stratégies :

  • culture d’un engrais vert juste après le travail du sol, pour le restructurer et limiter les adventices, et aussi pour capter l’azote qui sera libéré en grande quantité par l’oxygénation du sol
  • paillage de protection
  • vite mettre des racines vivantes dans le sol (par semis ou plantation, de légume ou d’engrais vert), mais l’important, c’est qu’il y ait des racines qui “travaillent” et qui tiennent le sol, sinon, avec les pluies, le sol va se re-tasser et les mauvaises herbes vont reprendre la place.

Ensuite, je rends le motoculteur pour toujours à celui qui me l’a prêté, je n’en aurais plus besoin.

Avant de commencer l’une des techniques 2-3-4-5, je tonds ou débroussaille la zone (sauf pour la technique carton-paille). Je conserve la tonte, elle me servira de paillage.

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