Que faire contre le liseron ?

Publié le : 22/05/2018 12:38:15
Catégories : Conseils au jardin , Jardinage

Le liseron serait-il l'une des sept plaies du jardinier ?

Voici quelques éléments de réflexions et une stratégie pour gérer cette plante qui peut devenir enquiquinante.

INFOS & CONSTAT

Le liseron des champs (Convolvulus arvensis) apparait dans à peu près tous les jardins, normal, c'est une plante qui aime les terres riches en éléments nutritifs, ce qui est le cas des jardins potagers.

Le problème que pose le liseron, c'est qu'il grimpe en s'enroulant autour des légumes. Il étouffe les légumes en les privant de lumière. Il peut aussi "s'emmêler" avec les légumes créant une prison de lien végétal qui empêchent les légumes de grandir.

Quand on arrache la partie aérienne du liseron, généralement, une partie de la racine vient avec, et on s'aperçoit que tout n'est pas venue, qu'il reste des racines dans le sol... Puis le liseron repousse inlassablement.

ECOLOGIE DU LISERON

Si l'on se reporte à L'encyclopédie des plantes bio-indicatrices volume 1, nous obtenons les informations intéressantes suivantes sur le Convolvulus arvensis :

Biotope primaire

Vallées alluviales et plus généralement tous les sols engorgés en éléments nutritifs. Le liseron des champs se trouve partout en France.

Biotope secondaire

Terrains cultivés et jardins. Vignes, vergers, maraîchages, jachères. Bords des routes et des chemins. Terrains vagues, terrains remués.

Caractères indicateurs

Saturation du CAH (ou Complexe Argilo-Humique) par de l'azote d'origine organique ou de synthèse. Excès de MO (ou Matières Organiques) ou de nitrate d'ammonium. Compactage des sols. Le liseron est une espèce surtout nitratophile.

Ce qu'il faut comprendre

Les biotopes primaire et secondaire indiquent que le liseron poussent là où il y a de la fertilité. Nous pouvons spéculer que s'il n'y a pas de fertilité, il aura plus de mal à pousser (disons le autrement : il ne sera pas concurrentiel par rapport à d'autres plantes).

Les caractères indicateurs confirment cet attrait pour les terrains plein de nutriments, et il est précisé que le liseron peut aussi pousser dans des sols compactés.

Concluons : le liseron poussent s'il y a de la fertilité, et dans les sols compactés.

Mais cela est une conclusion hâtive. Si le liseron est présent dans un tel sol (fertile et compacté), et le milieu évolue, disons que le sol n'est plus compacté, peut-on raisonnablement penser que le liseron va laisser la place gracieusement aux autres plantes et disparaître gentiment ?

La réponse est NON. Chaque plante, comme tous les être vivants sur terre, essaie de vivre le plus longtemps possible. Jamais un être vivant disparaîtra sans qu'il y soit contraint.

Dans le cas des plantes, quand l'une disparait, c'est bien souvent parce qu'une autre a pris la place en exerçant une meilleure concurrence sur les ressources disponibles. C'est la loi de la compétition qui existe dans les écosystèmes. Compétition vient du latin com / petitio qui se traduit par avec / demander il faut comprendre que les plantes demandent toutes la même chose en terme de nutriment, eau, lumière, gaz carbonique.  Ce qui fait que c'est la plante qui possède la meilleure capacité, en un lieu et un moment donné, à capter la lumière, l'eau ou les nutriments, qui poussera le mieux, au détriment des autres (sauf à être contrôlé par les animaux ou les maladies).

Revenons dans le champs : dans une prairie d'herbes hautes, si le liseron n'est pas très visible, c'est parce qu'il y a tellement d'autres herbes qui exercent de la concurrence, que le liseron n'arrive pas à se développer et il reste petit. Mais dès que la prairie est fauchée puis travailler pour être transformer en potager, le liseron pousse à fond.

Revenons dans le jardin : les légumes sont très espacés et laissent ainsi beaucoup de possibilités au liseron pour capter les ressources (fertilité, lumière) et croître.

L'art de calmer le liseron

C'est en comprenant le principe de compétition et de concurrence que l'on obtient la solution pour gérer le liseron : il faut cultiver ce qui va le concurrencer.

Deux types de concurrence peuvent être mise en place :

  1. concurrence en lumière (partie aérienne)
  2. concurrence en nutriment (racine)

La concurrence en lumière par occultation, que ce soit avec du carton ou avec un bâche noire, reviendrait à donner un avantage au liseron, car c'est justement dans cette configuration que la plante peut déployer une de ces spécificités : ramper longuement sur le sol dans le noir jusqu'à trouver la sortie vers la lumière. (sur la photo, le liseron rampaient tranquillement sous une bâche)

La meilleure concurrence que l'on peut faire, c'est au niveau racinaire.  Il faut alors savoir quand la plante puise ses nutriments dans le sol. Le liseron commence à pousser quand le sol se réchauffe, vers avril/mai, tout dépend de la température du sol. Il faut agir dès ce moment.

Concurrence par un engrais vert

La stratégie proposée est d'avoir un engrais vert qui serait déjà en train de pousser en avril/mai. Comprenez : une plante qui est déjà en train de puiser beaucoup de nutriments au moment ou le liseron voudrait se nourrir.

Un bon engrais vert serait fait d'un mélange de plantes avec :

  • des systèmes racinaires différents et complémentaires (pivotant, fasciculé, intermédiaire, superficiel, profond ou pas) pour prospecter le sol et ne laisser aucune place
  • des architectures aériennes différentes et complémentaires pour occuper l'espace et capter toute la lumière (basse, dressée, ramifiée, volubile...)
  • des parties aériennes qui se développent autrement qu'en tige droite, car c'est ce type de support que le liseron affectionne particulièrement pour grimper jusqu'à la lumière (la phacélie ou d'autre plante volubile comme la vesce)
  • une dimension en hauteur supérieure à celle du liseron. Le liseron des champs peut grimper jusqu'à 1m / 1,50m voire 2m, mais je ne l'ai jamais vu plus grand (exemple : maïs, sorgho, tournesol)

Comme l'engrais vert ne nourrit pas directement le jardinier, il faudrait pouvoir transposer cette stratégie avec des légumes : cultiver plus dense et en mélange.

Essayer par exemple une culture de mesclun, différentes salades ou plantes à feuilles (qui n'ont pas de tiges dressées), qui ont des systèmes racinaires fasciculés denses, qui poussent vite, et qui seraient semées tôt dans la saison. N'importe quel mélange de légumes à feuilles à couper fera l'affaire s'il est semer dense (salade, épinard, roquette, blette, mizuna, cresson, moutarde...)

Pour info : le livre de référence sur les engrais verts, écrits pour les agriculteurs, est Les couverts végétaux. Le livre Jardiner sur sol vivant, destiné aux jardiniers, traite également des engrais verts en plus de vous initier à une façon révolutionnaire de gérer le potager.

Les autres méthodes pour calmer le liseron

Noter bien qu'il s'agit de le calmer et pas le supprimer. Le faire disparaître est raisonnablement impossible car la plante est superbement adaptée à se maintenir dans un écosystème tel qu'un potager.

L'arrachage systématique est une technique qui doit accompagner la stratégie de concurrence dans ses débuts. Il s'agit d'arracher le liseron dès qu'on le voit apparaître. Ca demande du temps et de la surveillance, mais ça le calme la première année. Les années suivantes, n'oubliez surtout pas de maintenir la stratégie de concurrence. Sans cela, il faudra maintenir la corvée de désherbage chaque année comme dans le jardinage traditionnel.

Cultiver dans des herbes spontanées. Comme le décrit Bernard Bertrand dans son livre le Génie du sol vivant. Ce sont les spontanées qui exerceront la concurrence, cependant, c'est une méthode qui demande de changer radicalement sa pratique du jardinage.

Les méthodes pour favoriser le liseron

Pour vous permettre d'identifier les pratiques qu'il ne faut pas faire :

  1. le motoculteur : passer la fraise sectionne en mille morceaux les racines du liseron, ça le multiplie !
  2. le sol travaillé et laissé à nu : un sol travaillé augmente temporaire la fertilité disponible. L'oxygénation du sol aide les bactéries à transformer l'humus en nutriments assimilables. Si le sol est réchauffé, nu, et qu'il vient d'être travaillé, le liseron pourra s'y développer très vite et le recouvrir entièrement.

L'acceptation

Pour finir, je vous invite à considérer que la nature cherche toujours à installer un équilibre bénéfique. Si on arrive à s'inscrire dans sa dynamique, alors les problèmes n'en seront plus.

Ne cherchez pas à vous débarrasser du liseron. Accordez lui un droit de cité dans votre jardin, mais faîtes ce qu'il faut pour que sa présence soit légère et peu gênante. 

Article rédigé par Moilamain, designer & formateur en permaculture, gérant de la Librairie

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